Voilà ouf ça y est j’ai fini les Bienveillantes de Jonathan Littell. Ce roman qui raconte la vie d’un officier SS durant les années 1941-1945 m’a enthousiasmé.
Une telle vision sans complexe de l’horreur est tres traumatisante. Ce type passe sur les champs d’horreur d’Ukraine et de Stalingrad sans même se remettre en question ce qui montre le degré d’endocrinement des Allemands par le système nazi. Les Juifs sont inexistants dans le roman parce qu’il n’existe plus pour le héros.
Tenter une analyse stylistique de ce livre m’est impossible car j’ai été tellement pris par le sujet que la forme m’a échappé. Seule peut être la construction comme une suite de Bach m’est apparu mais je pense que c’est un livre à lire et à relire encore.
Les Bienveillantes
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La question initiale s’est imposée assez rapidement : pourquoi écrire au début du XXIe siècle un roman sur la Shoah, en prenant pour personnage principal, non pas une victime, mais, si pas un bourreau, à tout le moins un « spectateur expert », engagé tout près du sommet de la machine nazie, en le présentant sous un jour bel et bien humain ? Pour faire écho à cette question, autant le dire d’emblée, nous n’avons encore trouvé qu’un faisceau d’indices et, en tous les cas, pas de réponse définitive et univoque.
Car le malaise au fond, à quoi pouvait-il tenir ? Dans le chef du lecteur, il y avait sans doute une forme de culpabilité floue qui, de l’impression de voyeurisme, pouvait transiter vers une interrogation plus large, sur l’attitude qu’il aurait adoptée, s’il était né soixante ans plutôt… Et la question de passer ensuite vers la proche actualité, sur sa passivité complice à l’égard des barbaries contemporaines. En ce sens, le roman atteignait sans doute avec éclat un de ses objectifs. Il y parvenait en créant un personnage principal, moins bourreau cruel, qu’étrangement humain, dans sa perversion et son délire, dans son amour de l’art et de la littérature en particulier, mais aussi dans sa lucidité de juriste, aveuglée par une cause ressentie comme juste alors qu’elle se basait sur la négation même de toute justice. Le malaise se nourrissait de la fascination devant le talent de « dentellier » d’un auteur tissant, comme son personnage, la toile complexe d’un roman historique, incroyablement bien documenté sur l’histoire du troisième Reich, alors qu’il ne lit pas l’allemand.
D’où sans doute un autre sentiment, d’étrangeté celui-là, surgissant de la perception plus ou moins nette d’un décalage entre l’infinie lourdeur du réel de l’époque, celle que ceux qui ne l’ont pas vécue ne connaîtront jamais, et la reconstruction effectuée par Littell. C’est du reste sans doute cette sensation « de ne pas sonner toujours juste » qu’ont pu éprouver certains Allemands, de ne pas retrouver l’écho familier du langage des bourreaux qu’ils ont côtoyés, qui a pu expliquer certaines rudesses au sein de la réception allemande. Mais en même temps, cette « distance » était sans doute la condition de possibilité même d’une entreprise parvenant non seulement à décrire l’entreprise génocidaire dans toute sa trivialité, mais également à restituer la galaxie culturelle autant européenne qu’allemande du national-socialisme sur le fond de laquelle elle avait été construite.